Le jeudi 06 janvier 2005
EXAMENS PAR SCANNER
Les listes d'attente s'allongent
Maxime
Bergeron
La Presse
Les listes d'attente sont loin de se résorber
pour les patients qui ont besoin de subir un examen de tomographie
par émission de positrons (TEP) dans les hôpitaux québécois. Des
gens d'affaires ont flairé la bonne affaire, allongé 2,5 millions
pour acheter un scanner ultraperfectionné et ouvert une clinique
privée.
Depuis l'ouverture du Centre TEP/CT Ville Marie il y
a un peu plus d'un mois au centre-ville de Montréal, environ 25
personnes ont déboursé chacune 2500 $ pour passer un examen
radiologique visant principalement à localiser et identifier
différentes tumeurs. Trois hôpitaux offrent un service similaire au
Québec, mais les listes d'attente peuvent s'étirer sur plusieurs
mois.
C'est beaucoup trop quand on craint la multiplication
de cellules cancéreuses, dit Louise Bouchard. L'ancienne infirmière,
diagnostiquée avec un cancer du sein, n'a pas hésité à allonger les
dollars quand on lui a indiqué qu'elle devrait attendre de longues
semaines avant de passer un scanner à l'Hôtel-Dieu, où 400 personnes
attendent déjà pour un tel test. «La santé, c'est la santé, il n'y a
pas de prix pour ça», souligne-t-elle.
Mme Bouchard applaudit
l'efficacité et la rapidité du service qu'elle a reçu. «J'ai été
plus que satisfaite. Si plus de gens pouvaient avoir accès plus
facilement au privé, beaucoup en profiteraient.»
Steve Stein, copropriétaire du Centre TEP/CT
Ville Marie, demande seulement à accommoder le plus de patients
possible. Mais la multiplication des centres comme le sien ravive
les critiques de ceux qui craignent une intrusion accrue du privé
dans le secteur de la santé. On compte une dizaine de cliniques
privées de résonance magnétique à Montréal, offrant des services
moins poussés que la nouvelle technologie hybride proposée par M.
Stein et ses associés.
«Je peux comprendre ceux qui
s'opposent aux cliniques privées, même si je ne suis pas d'accord
avec eux, dit M. Stein. Mais c'est légal, et il y a trop de patients
qui veulent avoir accès à ces scanners immédiatement, on ne peut pas
ignorer leur appel. Quand tu as le cancer, tu ne peux pas attendre
trois ou quatre mois.»
L'ouverture de cette clinique est
effectivement légale, confirme Dominique Breton, porte-parole du
ministère de la Santé du Québec. «Au Québec, il y a déjà des
cliniques qui offrent de la résonance magnétique, et on ne peut pas
les empêcher de s'installer, ni le gens de payer pour ces services.
On ne peut pas intervenir. Si un médecin décide d'ouvrir sa
clinique, ça ne lui prend pas de permis du ministère de la Santé,
ajoute Mme Breton. On ne dispose d'aucune mesure législative pour
les empêcher d'ouvrir.»
«Non médicalement
nécessaire»
À Santé Canada, la porte-parole Margot Geduld
explique que «puisque la technologie (TEP) est encore considérée
comme expérimentale et non médicalement nécessaire, elle peut donc
être offerte en milieu privé. Une fois que le service sera considéré
comme médicalement nécessaire, il devra être assuré par les
provinces.»
Légal ou pas, donc? Oui... et non. Normand
Laberge, vice-président de l'Association canadienne des
radiologistes, dénonce ce véritable « bordel » réglementaire. «C'est
clair que c'est illégal, mais peut-on dire que le fait d'avoir un
PET-Scan n'est pas médicalement nécessaire? La défense des
gouvernements, c'est que c'est encore expérimental.»
«On
profite de la zone grise, de l'inaction gouvernementale pour partir
en business, mais ça ne fait que montrer le ridicule de la
situation, poursuit M. Laberge. Cette situation n'est pas nouvelle,
ça fait 15 ans que ça (les cliniques privées de résonance
magnétique) existent au Québec, c'est un problème qui n'a jamais été
solutionné.».
Santé Canada affirme être en discussion avec
les provinces en vue de déterminer «qui devrait payer pour tout
ça».
En attendant d'en arriver à une définition plus claire
de ce qui est légal ou pas, médecins et patients continuent
d'enrager à cause des délais de plus en plus longs, et surtout à
cause du manque de financement accordé pour faire fonctionner les
quatre appareils de TEP que possède le Québec.
«Notre machine
fonctionne uniquement de 8 h le matin à 16 h, dénonce le Dr Raymond
Taillefer, chef du département de médecine nucléaire du CHUM et
directeur médical du Centre TEP/CT Ville Marie. On a un million par
année pour la faire fonctionner, et il faudrait tripler cette
somme.»
À l'Hôpital général juif, un généreux donateur a
promis de payer entièrement un appareil de TEP, mais le gouvernement
n'a toujours pas indiqué s'il pourrait défrayer les coûts annuels de
fonctionnement de l'appareil. L'hôpital attend depuis un an et
demi...
Le ministère de la Santé a indiqué hier qu'il avait
l'intention mettre en service d'autres appareils TEP prochainement.
À l'heure actuelle, seule l'installation d'une machine au Centre
hospitalier universitaire de Québec (CHUQ) est confirmée pour
2005.